Vous avez expliqué que les néoclouds modifiaient les critères de sélection des sites pour les centres de données, et pas seulement le marché. À quoi ressemblaient les anciens critères ?
David : Pendant des années, l'acheteur était un hyperscaler, et celui-ci avait besoin de tout : des centaines de mégawatts, un immense site d'un seul tenant, plusieurs années pour obtenir les autorisations nécessaires. Si votre terrain ne répondait pas à ces critères, il n'était même pas pris en considération. Ce n'est pas une critique de ce modèle ; c'est lui qui a permis de construire l'Internet tel que nous le connaissons. Mais cela signifiait qu'une grande quantité de terrains présentant un réel potentiel restait totalement en dehors du marché, simplement parce qu'ils n'étaient pas assez grands pour ce type d'acheteur.
Et en quoi exactement le néocloud change-t-il la donne ?
David : Un néocloud ne fabrique pas son propre matériel. Il vend, sous forme de service, l'accès à de la capacité GPU, c'est-à-dire de la puissance de calcul dédiée à l'IA. Ses clients ont besoin de cette capacité dès maintenant, pas dans trois ans ; son cycle de développement doit donc être plus rapide et son empreinte peut être plus réduite. Gartner estime que les néoclouds pourraient représenter un cinquième du marché mondial du cloud IA d'ici 2030, et que d'ici 2029, la moitié de toute la capacité cloud exécutera des charges de travail d'IA, contre bien moins d'un dixième aujourd'hui. Quels que soient les chiffres précis, la tendance est claire. Il s'agit d'un acheteur capable de fonctionner avec trente, cinquante ou quatre-vingts mégawatts, et non cent cinquante. Un site qui n'aurait pas satisfait aux anciens critères peut désormais répondre aux nouveaux.
Pourquoi cela se produit-il maintenant ? La demande hyperscale n'a pas disparu.
David : Non, et elle ne disparaîtra pas. Ces campus restent essentiels, et leur construction se poursuivra. Mais en Europe notamment, le modèle est soumis à de réelles contraintes. L'approvisionnement en énergie est plus limité qu'auparavant, les procédures d'obtention de permis sont devenues plus complexes, et il est de plus en plus difficile de trouver des terrains qui répondent réellement à toutes les exigences d'un projet de cette envergure. Rien de tout cela ne constitue une crise pour le modèle hyperscale. Ce ne sont que des frictions, et ce sont précisément ces frictions qui permettent à un autre type d'opérateur, avec un ensemble d'exigences différentes, de commencer à s'imposer.
Donc, le terrain en lui-même n'a pas changé. Ce sont les critères qui ont évolué.
David : Exactement, et c'est ce que je trouve vraiment intéressant. L'emplacement et l'accès au réseau électrique restent évidemment importants. Mais désormais, ces critères côtoient la rapidité d'expansion, la proximité des points de peering appropriés et la rapidité avec laquelle un projet peut obtenir ses autorisations. Un article paru récemment dans TEK Notícias l'a bien résumé : la prochaine phase de la concurrence dans le domaine du néocloud ne se gagnera pas uniquement grâce à l'accès aux GPU. Elle se gagnera grâce à la connectivité, à l'efficacité du réseau et à la latence. C'est autant une question d'immobilier que de technologie.
S'agit-il donc d'un enjeu plus important que l'IA ?
David : Je le pense. Il est tentant de considérer tout cela comme une question purement technologique – GPU, cycles d'entraînement, etc. –, mais en réalité, il s'agit d'un changement structurel dans la manière dont l'infrastructure numérique est évaluée. Pendant longtemps, le marché comptait essentiellement un seul type d'acteur, et tout le monde évaluait les terrains en fonction de ce profil unique. Aujourd'hui, un deuxième profil émerge parallèlement, avec des besoins différents et des cycles de décision souvent plus rapides, ce qui modifie la façon dont on perçoit le territoire lui-même, et pas seulement l'IA.
Qu'en est-il d'un marché comme celui du Portugal ?
David : Dans une bonne position, et pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la chance. Le littoral atlantique, les points d'atterrissage des câbles sous-marins, l'amélioration des interconnexions : tout cela a toujours existé. Ce qui est nouveau, c'est que des terrains qui n'avaient jamais la superficie nécessaire pour accueillir un campus hyperscale ont désormais un acheteur crédible. Je veillerais toutefois à ne pas exagérer. Il s'agit toujours de projets complexes, soumis à une réglementation stricte et techniquement exigeants, et ce n'est pas parce qu'un hectare se trouve à proximité d'une ligne électrique qu'il devient soudainement un site adapté à un centre de données. Mais l'éventail des terrains dignes d'intérêt s'est élargi, et ce sans que personne n'ait eu à donner le premier coup de pelle.

Si vous deviez laisser une seule réflexion au lecteur à ce sujet ?
David : À l'avenir, la compétitivité dépendra moins de la taille d'un site que de la combinaison des facteurs qui le sous-tendent : énergie, connectivité, rapidité d'exécution. C'est une façon plus intéressante d'évaluer un terrain que de se limiter aux seuls mètres carrés ou mégawatts. Et les opportunités ont tendance à revenir discrètement à ceux qui identifient les premiers la bonne combinaison, et non à ceux qui attendent que le marché la confirme. Les opportunités les plus intéressantes sont rarement celles que tout le monde évalue déjà. Ce sont celles pour lesquelles les critères d'évaluation viennent de changer.