Royaume-Uni, l'atmosphère post Brexit et les conséquences sur l'immobilier en France et à l'étranger

16 juin

Hadjira Eatwell définie l’ambiance comme « spéciale ». Elle, comme beaucoup d’autres, ne s’attendaient pas à ce résultat-là. Dès l’annonce du score, les journaux et la population n’ont parlé que de ça. Mme Eatwell a appris la nouvelle dès 6 heures ce matin, 24 juin 2016, mais les préoccupations commençaient déjà à se faire sentir dès 2 heures du matin. Elle se dit « choquée » par cette annonce et il est vrai qu’après en avoir discuté avec ses collègues et son équipe commerciale (constituée d’Anglais et de Français), le sentiment général est le même. L’incompréhension complète cette inconvenance. Personne ne connaît les réelles conséquences d’un tel événement, la population attend donc d’en savoir un peu plus.

À la question « Les riches britanniques vont-ils se diriger en priorité vers Paris pour investir et habiter ? », la directrice marketing répond que « les investissements vont forcément ralentir ». Personne ne sait si la taxation va changer, car les Britanniques, qui représentent 30 % des investisseurs non-résidents en France, sont exposés à une taxation spéciale. Ce qui ressort des différents échanges est que les intérêts, « extrêmement bas » au 23 juin 2016, permettraient de compenser et diminuer l’inquiétude qui plane car ils constituent une bonne opportunité d’investissement en France. « Par expérience, les marchés les plus souvent touchés sont le sud de la France et les Alpes, mais on pense que le marché Parisien restera attractif ».

On se demande alors si Paris prendra la place du « Melting Pot Anglais » (ndlr Londres) et deviendra peut-être la nouvelle City ? Beaucoup en ont parlé sur Londres et « des amies à moi, qui travaillent dans la finance, m’ont dit qu’il y avait des « dires » de « relocation » à Paris. Mon état d’esprit reflète bien l’ambiance d’ici : on ne sait pas trop comment cela va ce passer. La city est, aujourd’hui, un vrai cœur financier, je pense que Paris va prendre du poids à la suite du Brexit. Peut-être que les britanniques vont moins investir, mais les expatriés Français, qui sont aussi une de nos cibles, vont chercher à acheter / investir sur Paris. Je pense que l’on pourrai voir cette tendance se développer ».

Elle mentionne une amie, ancienne salariée à la BNP Paribas et actuellement en poste à la Royal Bank of Canada, qui hésitait à acheter sur Londres ou sur Paris. Elle a préféré attendre l’annonce du résultat pour prendre sa décision, « elle va finalement attendre de voir ce qu’il se passe, comme beaucoup d’investisseurs à Londres je pense ». D’après Hadjira Eatwell, « l’ISF a toujours été là et n’a jamais freiné nos investisseurs, donc je ne pense pas qu’elle va freiner ce mouvement ».

La directrice marketing pense que « pendant 6 mois rien ne va se passer ». Elle poursuit « Depuis l’annonce du référendum, il y a eu beaucoup moins de mouvements sur le marché du haut de gamme à Londres, les investisseurs attendaient, et je pense que ça va continuer pendant quelques mois ». On parle alors d’une « bulle Brexit » qui fera perdre 19 % au marché de l’immobilier de luxe de la capitale Britannique. « J’en parlais avec mon collègue, un expert du marché de l’immobilier à Londres, qui me disait que c’était surtout Londres qui avait été affectée. Les autres villes comme Manchester ont au contraire vu leurs transactions augmenter ».

Selon Hadjira Eatwell, la bulle ne risque pas d’être transférée sur Paris, ne faisant ainsi pas exploser les prix de l’immobilier « Je pense que les investisseurs étrangers vont plutôt se retourner vers Paris parce que ce sera plus stable alors qu’en Angleterre on ne sait pas trop ce qu’il se passe. Je pense que ça va profiter à Paris ». De ce fait, Athena Advisers revoit son portefeuille parisien pour justement anticiper la demande et s’est concentrée sur des biens de prestige car « on pense que c’est ce qui va être intéressant pour les investisseurs étrangers internationaux, en privilégiant certains arrondissements ».

À la question « Combien de temps faudra-t-il pour que la situation revienne à la normale ? », la directrice marketing nous confie qu’il faudra, à son avis, « six à neuf mois de négociations bilatérales pour définir de nouvelles taxes, de nouvelles règles imposées aux British qui possèdent un bien en France. Je pense que pendant cette période-là, il y a beaucoup de risques que les demandes des British baissent ».

Tout le monde s’est, à l’annonce des résultats, poser la question : « Mais alors, est-ce que cela pourrait-il entraîner en Frexit ? (sortie de la France) ». Hadjira Eatwell nous confie qu’elle en a beaucoup entendu parler et « que tout le monde le dit ». « Il y a par exemple l’Ecosse qui menace de sortir car ils ont voté majoritairement pour rester ». Nicolas Sturgeon, représentante de l’Ecosse, ne souhaite pas accepter une telle situation et va peut-être organiser un autre référendum pour garantir le maintien l’Ecosse au sein de l’Union Européenne. Cela peut s’avérer compliqué vu qu’elle fait partie des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. L’Irlande du Nord crache aussi sur la décision et affirme « qu’il n’y a plus aucunes raisons de faire partie du Royaume-Uni dans ces conditions-là. » D’après elle, les deux pays souhaitent renégocier leurs conditions de rattachement au Royaume-Uni.

La société Athena Advisers va recontacter ses clients qui ne désiraient pas s’engager avant l’annonce du résultat et notamment des Anglais qui avaient demandé des clauses au cas où le Brexit serait une réalité. Certains clients souhaitaient également attendre le verdict pour mettre leur dépôt de garantie. D’après Hadjira Eatwell, « les demandes vont un peu droper dans les prochains mois pour le marché Français mais le marché immobilier Européen ne sera pas affecté partout pareil. Le Portugal reste une très belle opportunité pour les investisseurs Français et étrangers et même pour les investisseurs Britanniques. En fait on reste positif et on attend de voir ce qu’il se passe ».

Par ailleurs, il semblerait que les investisseurs Anglais n’annulent pas leurs acquisitions pour l’instant. Néanmoins, on nous a relaté quelques exemples concrets de l’impact du Brexit sur les investissements : un des clients d’Athena Advisers « a clairement demandé d’investir à Lisbonne suite au Brexit, par peur de contagion aux autres pays Européens ». D’autres part, un autre client « n’a pas souhaité annuler son acquisition en France mais a demandé à acheter avec une réduction suite aux résultats du référendum. Etant données les conditions actuelles d’investissements, il n’est pas forcément favorable d’annuler ». La baisse de la livre Sterling va rendre Londres plus attractive aux yeux des Français. De ce fait, Londres va être affaiblie et Paris bénéficiera d’une forte demande des investisseurs étrangers du fait des taux d’intérêt bas.

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