ACTUALITé Les secrets d’une renaissance

Nous avons interrogé le designer anglais John Whelan sur son rôle dans la renaissance d’un emblématique établissement parisien

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Les secrets d’une renaissance

Nous avons interrogé le designer anglais John Whelan sur son rôle dans la renaissance d’un emblématique établissement parisien

Depuis combien de temps vivez-vous à Paris ?

J’ai habité à Paris de mes 23 à mes 33 ans, mais je viens juste de rentrer à Londres. De tous mes amis internationaux, je suis celui qui y a vécu le plus longtemps.

Et après 10 ans à Paris, à quel pourcentage vous sentez-vous Parisien ?

À peu près 10 % (!). Les Français sont si différents des Anglais… et je dois admettre que je n’ai jamais totalement adopté leurs habitudes, même si je parlais couramment français et passais inaperçu.

Un quartier incontournable ?

Je crains être de plus en plus séduit par le 16ème… Paisible et verdoyant, c’est un arrondissement à l’architecture bourgeoise ravissante et à la population élégante. Cravan, qui vient d’ouvrir, est probablement le meilleur restaurant de Paris.

Vos adresses préférées pour sortir ?

J’aime boire un verre au Progrès dans le Marais, chez mon pote Niko, et regarder les Parisiens regarder les autres Parisiens. Ensuite, on se retrouve dans notre restaurant favori, Chez Omar, pour se moquer de toutes les méchancetés qu’on vient d’entendre. Pas très charitable je suis d’accord… je suis peut-être plus Parisien que je ne le pense !

Si vous deviez résumer votre expérience en tant qu’Anglais à Paris en quelques lignes ?

La Comédie des erreurs ! Notre manière de travailler est différente. Notre sens de l’humour est différent. Notre manière de séduire est différente. C’était pour moi une lutte de tous les jours de vivre et travailler à Paris. Heureusement que j’ai pris les choses avec humour parce que j’ai pas mal galéré… Mais les échecs font grandir, donc tout ça n’a pas été vain.

Comment avez-vous été choisi pour cette renaissance design ?

Sans vouloir être trop ringard, j’ai toujours rêvé de restaurer ces brasseries françaises, qui étaient déjà défraîchies à mon arrivée il y a dix ans. Je me demandais « qui va avoir la chance de les restaurer? », et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je suppose que j’ai un peu poussé la chose en assemblant un portfolio de design historique qui m’a fait entrer en lice pour ces projets.

La chose la plus intéressante ou insolite que vous retenez de ce projet ?

Que « céladon » ou « vert d’eau » est une couleur extrêmement difficile à photographier. Je vous mets au défi de prendre une photo chez Bouillon Julien qui rende réellement justice à cette belle couleur… Mission quasi impossible !

Comment se porte la vie artisanale parisienne ? Et comment la décririez-vous ?

Des signes semblent indiquer qu’une mini-Renaissance se profile à l’horizon. Quelques jeunes designers (dont moi) reviennent aux techniques traditionnelles et stimulent la demande pour la peinture décorative, le plâtre et le bois sculptés à la main, etc. Nous sommes toutefois encore dans une niche et le chemin reste long à parcourir avant de retrouver l’opulence de l’époque prémoderne.

Votre plus belle découverte à Paris pendant la réalisation de ce projet ?

Je suis tombé en admiration devant le fondateur de Bouillon Julien, Monsieur Édouard Fournier. Il n’a pas seulement ouvert le restaurant (une véritable prouesse architecturale), mais a également conçu et construit tout l’édifice. Il fait preuve d’une vision holistique, démocratique et novatrice.

Que vous inspire votre vie à Paris ?

C’est surtout l’histoire de Paris qui m’inspire, pas son présent. Et c’est une chance car Paris est un véritable musée géant ! À chaque coin de rue, la splendeur passée de la ville rejaillit… une source d’inspiration constante pour mon travail.

Que révèle cette tendance/ce mouvement sur la culture parisienne et son évolution ?

Que les Parisiens sont de plus en plus disposés à faire revivre des « concepts » du passé et que la roue culinaire n’avait peut-être pas besoin d’être réinventée… De bons plats français dans un intérieur décoré avec goût et des prix intéressants… le trio gagnant ! Et si c’était la preuve du rejet croissant du prétentieux postmodernisme ?

Quelle est la prochaine étape pour vous ?

J’ai un super projet de restaurant à Londres qui m’attend… mais je ne peux pas en dire plus pour le moment ! Je travaille aussi avec ma copine Leonora Chance pour transformer l’entreprise ancestrale de sa famille en une marque lifestyle. Affaire à suivre en septembre 2019.

En tant qu’Anglais à Paris, quel a été votre petit plus pour ce projet ?

Quand le restaurant a rouvert ses portes, j’ai entendu un Américain dire à sa femme « Mon Dieu, on se croirait dans un film de Wes Anderson ! » Je suis tellement fan de ce bon vieux Wes que j’ai pris ça comme un énorme compliment. Ses couleurs ne sont jamais assorties… mais c’est là tout leur charme. C’est peut-être le cas ici d’ailleurs !

Les bonnes adresses parisiennes de M. Whelan

  1. Cravan — 17 rue Jean de la Fontaine — Paris 16
  2. Le Progrès — 1 Rue de Bretagne, 75 003
  3. Chez Omar – 47 rue de Bretagne, 3e, Paris
  4. Bouillon Jullien — 16 Rue du Faubourg Saint-Denis, 75 010