ACTUALITé Estoril ou le nouvel élan d’une villégiature élitiste

Bienvenue dans le sacro-saint repaire des duchesses et des espions, et des vodkas-martinis au shaker, pas à la cuillère.

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Estoril ou le nouvel élan d’une villégiature élitiste

Bienvenue dans le sacro-saint repaire des duchesses et des espions, et des vodkas-martinis au shaker, pas à la cuillère.

Sautez dans le train à la gare de Cais do Sodre à Lisbonne en direction de la station balnéaire chic Cascais et vous longerez bientôt le littoral, là où la rivière se jette dans la mer. Laissez derrière vous les plages de surf d’Oeiras et de Carcavelos, où une des plus grandes écoles de commerce d’Europe est en construction et devrait ouvrir ses portes en 2020 (rien de tel pour se concentrer que de surfer à sa pause déjeuner), et descendez à Estoril, le dernier arrêt avant Cascais. Vous ne pouvez pas vous tromper : ses palais à tourelles dignes de Cendrillon et ses demeures aux voûtes majestueuses à l’abri derrière de hautes palissades lui donnent des airs fantasmagoriques. Les roses pastel de Lisbonne paraissent presque fades à côté. Un village paisible, certes… paisible, sélect, discret. Promenez-vous dans les allées silencieuses du parc et vous aurez du mal à croire que cette ville a autrefois été prisée des princes, espions et artistes… un endroit unique qui a inspiré à Ian Fleming son célèbre James Bond.

En 1941, Estoril était un des endroits les plus glamour de toute l’Europe, un havre de paix, neutre, dans le chaos et le désespoir de la Seconde Guerre mondiale. C’est ici que se retrouvaient les officiers de haut rang, princes, agents secrets et les plus belles femmes de l’époque. Les lignes de front se traçaient sur les tables de roulette plutôt que sur les champs de bataille, et les ennemis jurés se croisaient dans les couloirs fleuris. Un terrain de jeu idéal pour les agents doubles… c’est ici même que Fleming a tissé l’intrigue de Bond, inspiré du triple-agent yougoslave Duško Popov. Surnommé Tricycle, il travaillait en tant qu’agent de renseignement non pas pour deux mais trois pays à la fois, et collectionnait lui aussi les femmes. On raconte que Fleming et Popov buvaient des martinis ensemble au bar de l’hôtel Atlántico, s’échangeant des secrets, avant d’aller jouer au magnifique Casino d’Estoril. C’est ici, après une partie particulièrement serrée avec son supérieur des services de renseignement de la Marine, l’Amiral Godfrey, que Fleming puisa l’inspiration pour Casino Royale. Dans la période d’après-guerre, Estoril demeura une des adresses branchées d’Europe. On se souvient encore des soirées rocambolesques du milliardaire sud-américain Patiño, un des grands barons de l’étain, dans sa maison de campagne, à l’extérieur d’Estoril.

 

Et aujourd’hui ? Le Casino existe toujours, même si un conglomérat chinois l’a modernisé dans un style un peu clinquant… on peut toujours y boire des vodkas-martinis au shaker, pas à la cuillère, mais le bar d’origine de l’hôtel Atlántico n’existe plus depuis longtemps. La mer bleu-argenté, les puissants brisants et ces promenades en front de mer vers Cascais, au coucher du soleil, rappellent cette époque glorieuse. Et les soirées mémorables me direz-vous ? C’est du passé… du moins pour l’instant.

Mais certaines choses sont immuables : le village semble figé dans le temps, avec son air d’exclusivité, son architecture aristocrate encore préservée de la folie des grandeurs de certains promoteurs, et l’aura mystérieuse de ses propriétés cachées derrière de hautes palissades. Ces jours-ci, tout le monde se dispute les meilleurs emplacements… et la pression monte comme une partie disputée de black jack. Avec une hausse de 37 % des prix ces dernières années, le marché immobilier demeure un des plus cotés de Lisbonne, prisé des banquiers privés et consultants qui saisissent l’opportunité d’élever leurs enfants en bord de mer, dans une station balnéaire aux allures de conte de fées, à moins de 30 minutes du centre d’affaires de Lisbonne. Même les quelques constructions neuves, comme la Villa Maria Pia, se caractérisent par leur architecture unique, à la fois intimiste et évocatrice : 14 appartements conçus sur le terrain et à l’intérieur de l’ancienne maison de vacances de la Reine Maria Pia de Savoie.

Lors de la récente inauguration, tout le gratin de Lisbonne y a dégusté des huîtres, siroté des grandes coupes de gin and tonic, et savouré des toasts aux foie gras et œufs de caille, au coucher du soleil, au son d’un trio de saxophones jouant du John Coltrane dans le salon aux fresques peintes à la main… Un cliché d’une époque révolue, et, qui sait, à venir.

Ce qui est certain, c’est que ce type de constructions neuves insuffle un nouvel élan au glamour désuet du quartier, et que la ville chic et paisible d’Estoril pourrait bien retrouver toute sa splendeur.

Pourquoi aimer Estoril

  1. Les brisants, parfaits pour les sessions de surf matinales.
  2. À 10 minutes en voiture de St Julian’s, une des meilleures écoles de langues de Lisbonne.
  3. Les promenades ou les footings au bord de l’océan jusqu’à Cascais.
  4. Le studio de yoga et bien-être House of Zen.
  5. Cimas : ses plats maison et ses poissons frais en font un des lieux de prédilection des grands de la politique depuis des décennies. Une charmante ambiance désuète, chargée d’histoire, et un menu exquis vous accueilleront.
  6. Un gin-martini, au shaker, pas à la cuillère, au bien surnommé Bar des espions à l’hôtel Palacio.
  7. Le Bafureira Sunset Beach Club, qui combine d’exquis sushis, des sessions de samba, des DJ et des tables au bord de l’eau.
  8. Plus proche que Cascais : à 25 minutes de voiture du quartier financier de Lisbonne et de l’Avenida Liberdade.