ACTUALITéVie au Portugal: Un week-end à São Lourenço do Barrocal

Cette nuit, j’ai rêvé que je retournais à Barrocal...

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Vie au Portugal: Un week-end à São Lourenço do Barrocal

Cette nuit, j’ai rêvé que je retournais à Barrocal...

Cette nuit, j’ai rêvé que je retournais à Barrocal…

A seulement deux heures de route à l’est de Lisbonne, en direction de l’Alentejo, on se sent déjà dans un tout autre lieu et, mieux encore, dans un tout autre temps. Nous passons par Évora, ville au marché d’artisanat où un festival de Musique Africaine du Monde anime les places pavées tout au long de l’été, puis nous roulons presque jusqu’à la frontière espagnole, où les eaux claires du lac Alqueva marquent la frontière entre les deux pays. Des petites villes aux fortifications médiévales comme Monsaraz sont perchées sur les collines, citées de pierres blanches muraillées dont les habitants se battaient jadis contre les conquérants Maures. C’est logé dans la vallée que se dévoile le « monte », comme les locaux l’appellent. Une immense propriété de 780 hectares à qui José António Uva, en tant que propriétaire et héritier, a redonné vie au cours d’un projet-passion qui a duré 14 ans et qui a transformé ces ruines en l’un des grands hôtels cinq étoiles du Portugal. Témoin de la lenteur audacieuse de ce projet dans le monde accéléré dans lequel nous vivons, l’architecte en chef, Eduardo Souto de Moura, a gagné cette année un Lion d’Or à la Biennale de Venise.

Avant même d’entrer dans la propriété, Barrocal est spectaculaire : on y accède par un chemin de terre entouré par des allées d’oliviers à côté desquelles de vieux lièges s’élèvent fièrement au dessus des tapis dorés de blé où les vaches se meuvent mollement. Ce qui me frappe le plus à Barrocal, ce sont les oiseaux, la joyeuse danse des hirondelles dont les chants éternels résonnent sur les dalles scintillantes qui s’étalent entre les bâtiments de plain-pied blanchis à la chaux, alors qu’elles piquent et tournoient entre les chênes-verts. Preuve que la transformation de Barrocal s’est faite tout en douceur et sensibilité, ces oiseaux n’ont pas été délogés quand les simples corps de ferme ont été transformés en chambres, restaurants, bar à cocktail et magnifique spa Susanne Kauffmann. On les écoute pendant un soin hydro dans une piscine en bois circulaire ou en sirotant du vin sous les feuilles de vigne à l’heure divine de la tombée de la nuit, à l’entrée de l’été. Leur chant plein d’entrain offre au lieu un air d’éternité. C’est la musique de la paix.

Nous y sommes au moment du Solstice d’été, émerveillés de voir que grâce à la flamboyante chaleur, on se sent à 9 heures du soir comme à 6 heures de l’après-midi. En apéro, alors que la lumière dorée s’étale à l’horizon, on picore des olives aux oranges ou citrons préparées maison. Alors que l’on flâne vers les vignes, le dîner est servi sur de longues tables dressées dans les jardins devant la cuisine. Un groupe de jazz joue. C’est arraial, le dîner qui fête l’entrée dans l’été à Monte. Des vieux amis d’Uva se mêlent aux autres invités autour de légumes bio du potager grillés au barbecue à côté de sardines. Arriveront ensuite les tartes aux amandes. En ce soir de nouvelle lune, on s’attarde, riant avec des architectes de renom et des œnologues locaux tandis que le vin de Barrocal reste en nous longtemps après que le groupe de jazz soit parti se coucher. C’est un signe des temps à venir.

Car deux ans après son ouverture, Barrocal est à l’aube de la prochaine étape de son évolution : le projet est de proposer de tranquilles maisons individuelles sur la propriété, ce qui divisera l’ensemble en 25 lots, permettant à un plus grand nombre de venir profiter de la vie à Barrocal. « J’ai des souvenirs d’enfance incroyables ici, nous confie José António. J’aimerais que d’autres puissent en profiter. J’aimerais créer une communauté autour de valeurs communes. Mes enfants ont chacun un cheval ici. L’été, ils mènent des vies d’aventuriers. C’est un endroit où se faire des amis et des souvenirs, c’est un lieu pour revenir à la simplicité de la terre. »

Les élégants intérieurs rénovés pourraient parfaitement figurer dans le magazine Monocle, mais pourtant, c’est un lieu familial. A l’heure du goûter, on entend des jeunes couples avec bébés papoter au bar dans plusieurs langues devant des parts de gâteau à l’orange maison, à moitié en train de rêver, et hâlés.

A jamais pionnier, l’approche d’Uva sur le développement est à l’opposé de celle de la majorité des développeurs actuels – mêmes les hauts de gamme – dont l’attention est plus portée sur le nombre de lots que l’on peut construire sur une terre que sur la préservation de ce qui existe déjà. C’est cette sensibilité, combinée à la taille de la propriété et à son éloignement qui a permis d’attirer un large spectre de nouveaux hôtes, des designers américains à des grands chefs portugais. Et de riposter à l’isolement de ce bout particulièrement rural de l’Alentejo ? Rendez-vous dans l’un des plus grands hôtels du pays et rencontrez une communauté de personnes créatives assoiffée de cette paix que l’on trouve rarement sur la côte.

 

 

 

 

« C’est une époque passionnante, mais également effrayante ! » José António ne rigole qu’à moitié. « Il faut absolument que nous gardions la même simplicité en développant la terre que nous avons eue en construisant l’hôtel. Chaque changement doit être fait avec le même soin. L’enjeu est désormais encore plus grand. »

 

 

 

 

Pour en savoir plus : Avoir une maison de campagne en Alentajo