ACTUALITéCe qu’il faut savoir sur l’agencement intérieur avant d’investir

Anna Waldburg, décoratrice d’intérieur, nous révèle comment donner une âme à son chez-soi, tout en le valorisant pour les années à venir.

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Ce qu’il faut savoir sur l’agencement intérieur avant d’investir

Anna Waldburg, décoratrice d’intérieur, nous révèle comment donner une âme à son chez-soi, tout en le valorisant pour les années à venir.

La plupart du temps, les acheteurs se préoccupent de la déco après la signature, alors que les travaux de rénovation ont bien commencé. L’ordre logique des choses me direz-vous.

Eh bien pas tout à fait ! En pratique, en faisant appel à un expert dès le départ, vous avez beaucoup plus de chance de valoriser votre bien. Les promoteurs ont une vision d’ensemble du projet, les architectes travaillent sur les volumes et il incombe au décorateur d’intérieur de peaufiner les petits détails qui définissent le lieu de vie et feront la différence au moment de la revente ou de la location. Une indescriptible énergie se dégage des maisons d’exception.

Les promoteurs les plus avant-gardistes l’ont bien compris et s’associent de plus en plus avec les designers dès les premières étapes de la conception, offrant aux clients l’opportunité d’agencer leur bien sur plan avant de commander les matériaux. Ce sont, paraît-il, les détails qui font la différence.

Anna Waldburg, décoratrice d’intérieur, nous révèle comment donner une âme à son chez-soi, tout en le valorisant pour les années à venir.

Par quoi commencez-vous ?

Il faut avant tout identifier le type de clients auxquels vous avez affaire. Ont-ils une famille, voyagent-ils, est-ce leur maison principale ou secondaire ? Je pose beaucoup de questions afin de comprendre globalement quelle sera l’utilisation de l’espace et quel est leur sens du style. De là, je crée un moodboard et la collaboration peut débuter.

Et ensuite ?

Entrer en connexion avec le lieu. Saisir son âme, ce qu’il dégage. Il ne faut pas négliger cette étape, sinon vous risquez d’imposer un concept qui n’est pas en phase avec l’espace. Certains endroits libèrent immédiatement des ondes positives et vous donnent envie de vous installer, même vides. Si vous ne bénéficiez pas de grands volumes ou de lumière naturelle, vous pouvez jouer sur le design, en ornant un mur nu de panneaux en bois ou de moulures, ou en peignant le plafond.

Quels conseils donneriez-vous aux acheteurs qui acquièrent sur plan et ont moins de contrôle sur la conception ?

Analysez avec attention les plans et demandez-vous si la disposition correspond à votre vie actuelle et future. Examinez le positionnement des fenêtres et l’emplacement du bien : la cuisine bénéficie-t-elle de la lumière du matin ? De la lumière du soir ? N’oubliez pas de vérifier la hauteur des plafonds, qui n’apparaît pas toujours sur les plans. Enfin, demandez un échantillon des matériaux qui seront utilisés.

En quoi l’agencement intérieur peut-il valoriser un bien ?

Le travail d’un décorateur d’intérieur est de comprendre les clients, d’imaginer quelle serait leur vie parfaite et de la matérialiser dans son projet. Nous arrangeons psychologiquement l’espace. Du portemanteau au meuble à chaussures, de l’interrupteur à la cuisine, de l’endroit où vous rangez vos épices à l’évier où vous ferez votre vaisselle : nous visualisons tous les mouvements que vous ferez afin de créer un flux totalement naturel. Un promoteur ou un architecte ne réfléchira pas à ce niveau de détails c’est pourquoi il est essentiel de faire appel à nos services dès les premières étapes de conception.

Quelles sont les questions clés à se poser lors de l’agencement de votre intérieur ?

La première est de savoir quel sera le rôle de votre maison : cherchez-vous un lieu pour vous détendre ou recevoir ? Souhaitez-vous que la décoration reflète votre personnalité, vous échapper du quotidien ou épater la galerie ? Quelle impression voulez-vous avoir en franchissant le pas de la porte ? C’est la première pierre du projet.

Les secrets d’un intérieur réussi ?

C’est l’impression qu’il dégage ! Mon objectif est de vous aider à vous évader, comme si vous jouiez dans le film de votre vie… un lieu où vous pouvez prendre du recul et vous ressourcer. Il ne s’agit pas de vous submerger d’émotion, mais de vous interpeller avec un son, un petit détail, comme une promenade en pleine nature, où l’âme de votre maison se révèlerait à vous à chaque pas.

Sur quels postes privilégier ses dépenses ?

Ne lésinez jamais sur le confort ! Investissez dans des assises cosy, des têtes de lit et des rideaux. J’achèterais aussi une pièce design coup de cœur comme un fauteuil ou une bibliothèque vintage. C’est la petite touche personnelle indispensable !

En revanche, ne dépensez pas trop pour les lampes, tables d’appoint et tables basses, vous en trouverez pour pas grand-chose à des ventes aux enchères. Misez sur d’autres meubles pour mettre votre maison en valeur. Pour les tapis, les lits et les chaises, vous pourrez dénicher de belles pièces à moindre coût, vérifiez simplement l’assemblage.

Outre l’incontournable emplacement, le design et l’agencement intérieur jouent de plus en plus sur la valeur et l’attrait d’un bien. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?

Un emplacement de choix reste bien sûr un atout, mais l’embourgeoisement des centres-villes entraîne actuellement une hausse des prix et une perte d’authenticité. La jeune génération recherche désormais des lieux où elle peut laisser son empreinte et imaginer sa propre histoire. Quand un potentiel esthétique et financier est décelé, des enclaves et donc des communautés se créent. De nos jours, les individus veulent être reconnus en tant que tels, tout en faisant partie d’une communauté. Cette tendance transcende les disciplines : des vêtements que l’on porte, aux endroits que l’on fréquente, quartiers où l’on vit et meubles que nous possédons. Nous vivons à une époque organisée. Il est aujourd’hui temps d’organiser sa maison. C’est visible à Londres : Chelsea, par exemple, était comme ça dans les années 60, mais le quartier a été déserté et maintenant on trouve un Starbucks à chaque coin de rue et des fenêtres éteintes le soir. Victoria Park et Broadway Market à l’Est, Kensal Rise et Queenspark à l’Ouest, sont les new places to be.

Vos marques, partenaires ou produits préférés ?

Je ne peux pas me passer des antiquaires Dorian Caffot de Fawes et Quindry sur Lillie Road. J’admire leur don pour dénicher d’élégantes antiquités, notamment de la première moitié du 20e siècle, qui sont toujours autant modernes de nos jours et fonctionnent aussi bien seules qu’associées à d’autres pièces déco. Mes principales sources d’inspiration sont l’architecture, l’art, les dernières décennies, le cinéma et la nature. Prenez les géants des années 50, comme Lautner, Frey ou Niemeyer, qui laissaient les éléments définir l’édifice. La tendance est aujourd’hui au naturel, avec des matériaux comme le bois brut, le raphia, le lin bio ou la pierre de lave ; des matières texturées, en mouvement. J’utilise en revanche peu de plastique, car je privilégie les objets qui se bonifient avec le temps, qui racontent une histoire. Imaginez une vieille table de ferme, marquée par les siècles et 300 ans de vin renversé, repas partagés, conversations, disputes et confidences… quelle énergie !