ALPES FRANçAISESQuelles sont les stations alpines du futur ?

Un architecte avant-gardiste nous répond.

ALPES FRANçAISES

Quelles sont les stations alpines du futur ?

Un architecte avant-gardiste nous répond.

L’architecte français Sylvain Giachino est né et a grandi à Tignes, au sein d’une famille de skieurs. Après avoir étudié à Paris, il a monté son studio avant de travailler sur son premier projet d’envergure en solo, un complexe sportif innovant à Tignes, à seulement 27 ans. Cette saison, plusieurs réalisations de SG Architecte, l’agence de Sylvain, ouvrent leurs portes à Val d’Isère, comme le très chic restaurant d’altitude, L’Étincelle. 10 ans plus tard, nous demandons à Sylvain, un des architectes alpins les plus innovateurs de sa génération comment il imagine les stations européennes de demain.

Votre carrière a démarré sur des chapeaux de roue !

Tignespace, le complexe sportif indoor et centre de congrès de Tignes, était en fait un projet d’étude pour mon diplôme à Paris. Je l’ai ensuite montré au maire de Tignes de l’époque, qui l’a adoré et a organisé un appel d’offres. Une belle manière de mettre un pied dans le monde du travail ! Je savais que j’avais mes chances mais j’ai aussi tout donné pour remporter le projet.

Vous avez passé votre enfance dans les Alpes : en quoi cela vous aide-t-il à façonner les stations de demain ?

Je suis né dans les Alpes, c’est donc assez naturel pour moi. C’est un petit monde : nous avons les bonnes relations et nous nous sommes progressivement spécialisés dans la construction dans des conditions météorologiques particulières, avec des risques d’avalanche. Après Tignespace, nous avons enchaîné sur un deuxième projet, l’hôtel La Tovière à Val d’Isère, puis nous avons réalisé un télésiège. Un autre chantier d’envergure ! Nous sommes aujourd’hui 10 collaborateurs, travaillant sur des chalets privés, des hôtels ou encore des complexes sportifs.

Votre équipe est jeune et dynamique : est-ce un atout dans le milieu ?

Oui, tout à fait ! On est plus en phase avec la mentalité, l’esprit montagnard. La population des Alpes est très jeune et compte beaucoup de passionnés de sports et d’activités en extérieur. Ici, les chantiers s’arrêtent l’hiver donc il vaut mieux être efficace et savoir ce qu’on fait afin d’optimiser les mois de construction. Je dois beaucoup à l’ancien maire de Tignes, qui m’a donné ma chance au début, mais aussi au maire actuel de Tignes et Val d’Isère, Marc Bauer. Il a une vision très précise de l’évolution des stations dans les décennies à venir.

Et donc, qu’est-ce qui attend Val d’Isère et Tignes dans les prochaines décennies ?

Elles compteront sans aucun doute parmi les plus grandes stations au monde. Et vous savez pourquoi ? Grâce à la qualité des investissements et des développements en cours. En matière d’immobilier, le maire réfléchit à la vision d’ensemble : le futur ressenti des lieux, le trafic ou le centre piétonnier, plutôt que de miser sur quelques complexes pour initier le changement. Il veut que tout soit parfait ! L’altitude est également un argument de poids. La neige est bonne dans les Alpes cette année mais la situation se dégrade, et Val d’Isère et Tignes devraient être préservées. Haute altitude, politique et gestion intelligentes : la formule du succès ! À Val d’Isère, toutes les nouvelles constructions sont de grande qualité.

Pourquoi aimez-vous être un architecte alpin ?

J’adore imaginer les stations de ski du futur et créer dans cet environnement, en concevant de nouveaux espaces et en développant des styles d’architecture alpine innovants tout en utilisant des matériaux écologiques. Nous ne revisitons pas simplement le style savoyard traditionnel, nous cherchons à définir l’architecture des Alpes de demain. Les stations sportives sont en constante mutation. En compétition féroce, elles ont besoin de nouveaux équipements, services ou restaurants afin de rester dans la course. Et c’est là que nous intervenons. Nous allons ainsi bientôt livrer un restaurant, L’Aiguille Rouge, aux Arcs, au départ d’une tyrolienne, avec une vue spectaculaire. Notre rôle a été de composer l’expérience client dans ce restaurant d’altitude.

Comment décririez-vous votre style ?

Datant des années 70, la plupart des édifices des Alpes sont modernes, mais souvent imposants et peu raffinés. Tout en respectant le passé architectural des lieux, nous innovons en utilisant les mêmes matériaux locaux traditionnels, tels que la pierre et le bois, afin de créer de nouveaux designs. Et je suis convaincu que c’est la bonne approche. Avec les restaurants de montagne par exemple, nous nous efforçons d’intégrer nos œuvres dans le paysage, tout en offrant des panoramas d’exception. L’architecture savoyarde traditionnelle peut fonctionner pour de petits chalets privés, mais pas pour de plus gros projets.

Votre réalisation préférée à ce jour ?

Celle sur laquelle nous travaillons en ce moment, Apex 2100, un centre d’entraînement de 15 000 m² à Tignes où les sportifs de haut niveau pourront se préparer aux compétitions olympiques. L’investisseur, qui est Anglais, rêve de voir un jour son pays décrocher des médailles d’or ! Pour pouvoir loger les athlètes, nous avons également conçu un établissement hôtelier. L’été, il accueillera des stages de foot et de rugby.

Parlez-nous de votre enfance à Tignes.

Un paradis pour enfants avec toutes ces installations sportives à portée de main ! Tignes est une petite communauté, synonyme de liberté et d’amitiés internationales. Jeune, j’ai eu la chance de voyager partout dans le monde. Nous avons beaucoup de chance de vivre ici : loin de la pollution et avec tant de choses à faire !

Vous skiez tous les jours ?

Désormais située à Lyon, mon entreprise est proche des stations mais aussi de Genève, Londres et Paris. J’ai toujours mes skis dans ma voiture donc quand je me déplace sur un chantier, j’arrive à descendre quelques pistes. J’ai de la chance de travailler souvent sur des restaurants d’altitude : je vais alors à mes réunions à ski ! Et c’est sans aucun doute le plus bel avantage du métier !

Mettez bien ça en évidence dans votre article.

Arrêt sur image : comment faire d’une télécabine un lieu chic

Aux antipodes des remontées mécaniques d’autrefois, TC10 est un parfait exemple d’architecture alpine contemporaine. Inspiré d’un nid d’oiseau, ce bâtiment présente une silhouette de chalet traditionnelle mais, perché en haut de la montagne, donne une impression de délicatesse et de fragilité sur l’imposante paroi. Les façades à pignon ajoutent une touche authentique. Les formes rectangulaires et polygonales, dont certaines font saillie, et les façades à pans coupés créent une structure dynamique. Ce projet sort de l’ordinaire. Les espaces ouverts laissent les skieurs circuler librement, tout en permettant de contrôler le flux d’employés et de clients. Et le clou du spectacle ? Les toilettes ! Des sanitaires de luxe avec une vue à couper le souffle sur les montagnes…