LISBONNEQuand discuter est la clé : l’art de vivre en communauté

Dans notre série sur la vie en communauté, nous avons rencontré le promoteur-hôtelier Matt Dickinson, fondateur de Maderas Village au Nicaragua. Il nous a révélé ses secrets pour établir une communauté internationale et pourquoi il s’intéresse à Lisbonne.

LISBONNE

Quand discuter est la clé : l’art de vivre en communauté

Dans notre série sur la vie en communauté, nous avons rencontré le promoteur-hôtelier Matt Dickinson, fondateur de Maderas Village au Nicaragua. Il nous a révélé ses secrets pour établir une communauté internationale et pourquoi il s’intéresse à Lisbonne.

« Les personnes qui vous aident à réaliser vos rêves sont celles que vous aimerez le plus au monde »

Situé sur un spot de surf au Nicaragua, Maderas Village est ouvert en 2010 par le Canadien Matt Dickinson, entrepreneur dans l’hôtellerie et ancien agent commercial dans l’immobilier. Véritable projet passion, Maderas Village se mue rapidement en Mecque pour beatniks de la génération du millénaire cherchant à se déconnecter de la course en avant incessante des temps modernes et à recharger leur créativité tout en se liant d’amitié avec des personnes partageant les mêmes valeurs. Grâce à une marque solide dans les réseaux sociaux et un extraordinaire bouche-à-oreille, Maderas est vite passé d’un hôtel standard à une adresse familiale et communautaire. Alors que l’équipe de Maderas a des vues sur l’Europe, nous nous entretenons avec Matt, ou Dickie comme on l’appelle, dans l’espace de co-working hype de Second Home à Lisbonne. Il revient sur le cœur du succès du Maderas, l’art de créer une communauté et nous révèle pourquoi Lisbonne sera probablement leur prochaine escale.

Vous venez d’achever un tour de 3 semaines en Europe des nouveaux sites potentiels de Maderas Village… cette expansion a-t-elle toujours été au programme ?

Depuis le début, je vois Maderas Village partout dans le monde. Il nous fallait forcément un lieu paradisiaque pour commencer, un spot de surf où le soleil brille toute l’année : une plateforme de base pour créer les 8 à 10 prochaines destinations.

Pourquoi débuter par le Nicaragua ?

Le Nicaragua était pour moi l’image du paradis par excellence. Je me suis échappé du monde « normal » et ai eu la chance d’avoir le temps de me poser pour penser, de lire un roman pendant des heures sans avoir l’impression de ne rien faire… Le Nicaragua est alors apparu comme une évidence. En discutant avec des amis, j’ai décidé de me donner 4 mois là-bas pour tâter le terrain et tout s’est mis en place très naturellement. J’ai choisi de suivre mon instinct : plus qu’une décision à prendre, la solution s’est imposée à moi ! J’ai trouvé rapidement les partenaires dont j’avais besoin et nous avons mis ensemble les moyens de réaliser notre vision. C’était vraiment incroyable : depuis le départ, je me sentais porté ! On avait l’impression de participer au projet plutôt que de le créer.

Maderas est réputé pour la force de sa communauté qu’elle entretient depuis 7 ans. Quel est son secret ?

Maderas est avant toute chose un lieu facilitant les conversations… c’est, après tout, l’essentiel ! Que ce soit entre nous ou avec les clients, ces échanges semblent hors du temps… En constante évolution, Maderas est surtout un endroit où on peut être soi-même et penser ce qu’on veut. Et il n’y a pas de formule toute faite pour cela. Le secret est de rester réactif et flexible, de chercher en permanence à inspirer et tendre la main à tous ceux qui franchissent le pas de la porte, à les aider à être et demeurer vrais, fidèles à eux-mêmes.

Et en pratique ça donne quoi ?

La plupart des clients séjournent 5 à 7 jours avec l’intention de creuser une idée qu’ils ont en tête depuis longtemps, de passer du temps avec leur petite copine ou de vieux amis qu’ils ont un peu perdu de vue… ici, ils refont le monde jusqu’à 2 heures du matin. Il faut les laisser être qui ils sont vraiment, créer un espace où ils ne se sentent pas obligés de dire ce qu’il faut ou de se comporter de telle manière. À Maderas, on se sent chez soi, à l’aise, en phase avec soi-même. Nous avons des clients qui habitent ici à plein temps, comme des artistes qui s’installent pendant 2 mois, un producteur qui a passé 6 mois à écrire de la musique, des scénaristes qui résident ici pendant 5 mois… divers individus qui vont et viennent, et donnent le ton de l’ambiance de l’hôtel. Les nouveaux venus vivent ainsi une expérience authentique, car personne n’est là pour leur dire : « Vous devriez vous inscrire pour telle ou telle activité demain ». À la place, les échanges qui s’installent naturellement incitent à partager les vrais bons plans. Alors que vous entamez une conversation passionnante à la table commune au petit-déjeuner, il y aura toujours quelqu’un pour proposer : « Je vais déguster un homard dans une petite adresse locale tout à l’heure, qui veut se joindre à moi ? ». C’est comme ça que vous découvrirez toutes ces activités magiques et insolites, et que vous éviterez les pièges à touristes : sortez des sentiers battus et vivez une expérience totalement locale et authentique ! Un délicieux menu et une ambiance typique… une adresse secrète adorée des locaux et que vous n’auriez jamais trouvée tout seul ! Ainsi se créent de fantastiques amitiés : autour d’un homard, d’un verre, en admirant un coucher de soleil, en se rapprochant de personnes qui partagent les mêmes valeurs que vous. Une denrée de plus en plus rare la trentaine passée, alors que nous évoluons toujours dans les mêmes cercles et que nous sortons rarement de notre zone de confort.

Dans quelle mesure avez-vous cultivé la communauté Maderas en dehors du village ? S’est-elle développée naturellement ?

La croissance se fait très naturellement, nous laissons faire… mais passons beaucoup de temps à l’encourager, en nous liant d’amitié avec nos clients. Maderas n’est pas une marque lifestyle, c’est une philosophie de vie. Nous l’adoptons tous, dînant tous ensemble chaque soir, partageant un joint dans le jardin, non pas parce que c’est notre métier, mais car la conversation est sincèrement intéressante et inspirante et qu’on veut entendre ce que chacun a à dire sur le sujet. D’incroyables liens se forment. Après Maderas, certaines personnes se retrouvent par hasard et reprennent même contact… c’est fabuleux ! Les merveilleuses amitiés qui se sont créées via cette communauté sont une réelle source d’inspiration. Nous ne pouvons nous en attribuer le mérite, mais sommes très fiers d’y avoir participé.

Quel est le cœur de l’approche de Maderas en termes de service et de culture ?

Il suffit d’écouter l’autre, de l’aider à se sentir libre d’être lui-même. Bien sûr, il est nécessaire d’établir des règles de savoir-vivre, mais nous nous efforçons surtout de faire de Maderas un lieu favorisant les échanges. Ainsi, si deux personnes discutent tard et que le bar est fermé, elles peuvent se servir elles-mêmes un verre et le noter. Impensable pour nous de fonctionner autrement : on ne va pas interrompre une conversation passionnante en éteignant les lumières et la musique… on laisse chacun vivre comme il le souhaite. Et personne ne vous jugera : vous pouvez surfer 5 heures par jour et vous coucher à 8 heures du soir, ou dormir 14 heures par jour et fumer de l’herbe… vous faîtes comme vous voulez ! Tout le monde suit son propre parcours et, pour inspirer les plus grandes idées, il faut se sentir encouragé et en confiance, ne pas se laisser influencer par un manque d’assurance, des arrière-pensées ou des intentions égoïstes. Les pensées et les opinions vraies sont le secret d’une communauté. Chaque membre doit pouvoir se dépasser sans se préoccuper de son prochain post Instagram ou de la prochaine étape… en s’autorisant à être soi-même et en approfondissant ses relations.

Il semblerait que vous et votre équipe soyez des personnalités clés du processus et que vos interactions quotidiennes avec les clients aient été un facteur essentiel du succès et du développement de la communauté. Aujourd’hui, alors que vous cherchez à dupliquer le concept à l’international, comment envisagez-vous de reproduire cette touche personnelle ?

Tout comme Maderas Village est une conversation, il ne s’agit pas d’appliquer des procédures opérationnelles standards. Je ne pourrai jamais me remplacer ou remplacer un des membres de l’équipe qui ont largement contribué à l’ambiance des lieux. Bien sûr, notre patte personnelle est très présente puisque nous habitons ici depuis 7 ans et demi… mais pour chacun de mes précédents jobs, j’ai réussi à trouver quelqu’un de bien meilleur que moi pour me succéder ! Et quand il s’agit de charmer, créer une atmosphère ou discuter avec les autres… les talents ne manquent pas ! L’essentiel est donc de rester ouvert et de mettre en place une plateforme opérationnelle pour aider LA personne que nous trouverons à s’approprier Maderas dans toute destination nouvelle. Chaque établissement supplémentaire que nous ouvrirons sera une conversation à part entière et je veux tout faire pour qu’il fonctionne, avec ou sans moi. C’est la clé pour durer ! Je ne suis pas en train de déclarer « c’est la vision, la direction à prendre ». Il s’agit plutôt de discuter ensemble de l’expérience que nous créons, en combinant nos forces. L’équipe opérationnelle me propose des idées ultra-innovantes auxquelles je n’avais jamais pensé… qui vont propulser naturellement Maderas à l’étape supérieure. Regardez les jeunes qui vont au lycée ou à l’université et sont sans cesse influencés par les amis dont ils s’entourent… pour moi les hôtels sont très similaires aux individus : ils se définissent par leurs employés et leurs clients. Tant que notre objectif est de rassembler des gens extraordinaires et de collaborer toujours différemment avec eux, Maderas continuera d’évoluer et d’aller de l’avant, avec 8 voire 10 nouveaux établissements. Quant à moi, mon rôle est de m’installer confortablement et de me laisser inspirer.

Avec les projets de croissance, l’idée est donc que la communauté Maderas voyage à travers le monde en passant d’hôtel en hôtel ?

Chaque lieu sera unique en son genre, mais chacun aura à cœur de favoriser la liberté d’expression. Beaucoup d’endroits se disent communautaires : je soutiens le concept de créer un espace pour échanger les idées, mais il semble se commercialiser avec un désir d’inspirer les clients plutôt que de se laisser inspirer, ce que nous n’avons jamais essayé de faire avec Maderas. J’étais et suis toujours en quête d’inspiration ; clients, partenaires, investisseurs, équipe opérationnelle… tous ensemble, ils ont créé ce lieu si convivial. C’est toute la différence ! Chaque personne ayant participé au développement de ce projet voulait être inspirée. Car, après tout, c’est la plus grande motivation qui soit : ne pas courir après une compensation financière ou une ligne supplémentaire sur son CV, mais s’asseoir chaque soir dans un jardin avec une foule passionnante, partager des idées et s’enthousiasmer. Tant que cette envie d’échanges durera, la communauté se renforcera, car elle n’est pas régie par des intentions égoïstes. Nous cherchons évidemment à optimiser notre rentabilité pour perdurer dans le temps… mais une communauté loyale et familiale a bien plus de valeur à nos yeux qu’un concept plus rentable qui semble moins naturel, moins engagé.

Vous avez auparavant travaillé dans l’immobilier commercial : en quoi cette expérience a-t-elle influencé l’achat du terrain de Maderas ?

Bien sûr ça m’a aidé, mais c’est surtout que je n’avais pas beaucoup d’argent et savais que la pression serait moins forte que dans une zone plus développée. Donc entre le coût des matériaux de construction, du travail, de l’alimentation, du terrain et simplement le niveau réglementaire général, nous avons pu explorer le concept au maximum, en tentant des choses sans craindre de faire faillite à tout moment et sans cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes : « si je n’atteins pas tel chiffre ce mois-ci, je n’ai plus qu’à mettre la clé sous la porte ». Nous avons ainsi mis toutes les chances de notre côté dès le début. D’un point de vue immobilier, j’ai tout à fait perçu le potentiel du Nicaragua, mais je crois que mon expérience dans ce domaine m’a surtout aidé au niveau contractuel. Guidé par mon rêve, j’ai donc puisé les outils dans mon ancien travail pour créer un modèle qui assure aux investisseurs d’être dédommagés pour le risque encouru et nous permette de répliquer ces espaces créateurs d’expériences fabuleuses à travers le monde.

Vous définiriez-vous comme un promoteur ?

Ah non, plutôt comme un rêveur ! J’ai toujours aimé avoir un job difficile à décrire. Je ne sais pas ce que je fais exactement, mais je connais le genre d’environnement ou de conversation que je souhaite créer et je fais tout pour y parvenir. Nos créations mixeront toujours des éléments de développement immobilier, de gestion hôtelière, d’architecture et de design, de marketing et de RP, et d’hébergement pur. Donc je préfère ne pas me coller d’étiquette. Je suis avant tout un créateur d’ambiance. Très sensible au bien-être et au ressenti, dès que j’entre quelque part, je perçois les attentes de chacun : comment rendre ce lieu plus cosy pour susciter des « Ah, c’est ça que j’attendais ». Je m’efforce de travailler dans ce sens. Ainsi, concrètement, quand je vois un bâtiment à l’état brut ou que j’observe un quartier, je m’efforce d’identifier ce qui manque.

Des projets dans le monde qui vous inspirent ?

Tant de choses m’inspirent ! Nous vivons à une époque passionnante du point de vue de l’hôtellerie, qui n’est plus du tout perçue de la même manière. L’équipe du Summit a bousculé les codes de la communauté mondiale, prouvant tout le pouvoir qu’elle pouvait avoir. Les types d’Habitas font selon moi un travail incroyable à Tulum. La preuve, ils vont bientôt ouvrir à New York ! Urban Cowboys est un projet hallucinant. Je considère Lyon Porter comme mon frère et suis admiratif du travail accompli à New York et Nashville : des hôtels boutiques super cool dans des quartiers résidentiels comme cette maison de ville à Brooklyn ou cette ravissante demeure à Nashville. Ces endroits sont prodigieux… il les a conçus lui-même et s’est bien entouré pour les aménager. Un véritable magicien qui crée des endroits comme nulle part ailleurs ! Je suis également toujours très impressionné par le travail de Nick Jones et de l’équipe de Soho House. Ils ont créé à l’échelle mondiale un concept bluffant : je suis épaté par leur capacité à proposer toujours le même niveau de service, partout dans le monde, dans des lieux aussi sécurisants et chaleureux. Nous avons tous nos difficultés et passons par différentes phases, frôlant la prétention, le côté cool et tendance, ou design… mais nous travaillons sur tous ces aspects. Je vois bien comment les marques ou les entreprises dérivent un peu puis se recentrent sur leurs objectifs. Ce qui m’inspire le plus est que toutes les personnes que j’admire, comme celles du Sailing Collective savent où elles vont ou veulent aller, et arrivent toujours à reprendre leur cap, peu importent les pressions des investisseurs, des financiers ou de la communauté. Je respecte profondément l’intégrité et la passion nécessaires pour garder sa vision initiale…

Pourquoi envisagez-vous d’investir à Lisbonne ?

Pour ses résidents bien sûr ! Le mois dernier, nous avons visité Paris, Londres, Rome, Amsterdam, Florence, Nice, Marseille et Barcelone. La population de Lisbonne se distingue largement par son énergie et son dynamisme. Elle a la particularité de rassembler des locaux et des étrangers reliés par ce désir de faire de Lisbonne la ville moderne la plus branchée du monde… quelle source d’inspiration !

Et pourquoi Lisbonne plutôt que Barcelone par exemple ?

J’aime m’impliquer dans des lieux auxquels ont peut encore contribuer… il ne s’agit pas de coller des étiquettes à Lisbonne ou d’essayer de la décrire, mais d’apporter notre petite pierre à l’édifice général (restaurants, coworking, etc.). Lisbonne est comme un microcosme ou portail pour les habitants de LA et New York qui veulent autre chose que les US. Il y a tant de choses et de gens à découvrir ici !

Constatez-vous un intérêt de la part des US ?

De manière anecdotique oui. Un ami proche vivant dans le Connecticut, qui en a entendu parler pour la première fois il y a quelques années, me dit que Lisbonne est sur toutes les lèvres aujourd’hui ! Et beaucoup de proches qui en ont marre de Londres envisagent d’y emménager.

D’autres indicateurs conjoncturels à noter d’un point de vue des investissements ?

Le marché immobilier reste une valeur sûre. J’ai bu un verre de vin à la terrasse d’un café portugais l’autre jour pour seulement 70 centimes… une expérience plutôt unique, non ? Qui donne le sens des valeurs. La pression face à l’argent cède la place aux choses plus simples de la vie, comme l’amitié. Mais cela va bien au-delà des questions de valeur immobilière et du coût de la vie. Bien sûr ces facteurs sont essentiels, mais c’est l’intangible qui fait vraiment la différence : le sentiment d’être dans un endroit nouveau, les éléments lifestyle, les plages de surf à 20 min, les 300 jours d’ensoleillement minimum par an, les 2 heures de vol qui vous séparent du reste de l’Europe, la population anglophone et si chaleureuse. Nous n’avons jamais été aussi bien accueillis au cours du dernier mois… même les chauffeurs Uber vous posent plein de questions et vous encouragent ! Ils sont ouverts à une contribution étrangère et c’est assez excitant. Sans oublier que les Portugais parlent étonnamment bien anglais… Lisbonne me rappelle ainsi Vancouver ; elle devient la ville lifestyle de l’Europe.