BARCELONEEntrepreneurs de talent, 3è volet: Pablo Bofill

Fils de l’architecte contemporain de renom Ricardo Bofill Levi et PDG du studio de création El Taller Bofill, Pablo Bofill se confie sur la success-story de sa famille et nous partage ses secrets pour rester à la pointe de l’innovation pendant plus de 50 ans.

BARCELONE

Entrepreneurs de talent, 3è volet: Pablo Bofill

Fils de l’architecte contemporain de renom Ricardo Bofill Levi et PDG du studio de création El Taller Bofill, Pablo Bofill se confie sur la success-story de sa famille et nous partage ses secrets pour rester à la pointe de l’innovation pendant plus de 50 ans.

Il suffit de jeter un œil au cabinet familial de Pablo Bofill, La Fàbrica, situé dans une ancienne cimenterie de 3 100 m² près de Barcelone, pour commercer à saisir l’approche avant-gardiste et imaginative d’El Taller Bofill en termes d’architecture, de design et de créativité. Depuis 2009, le Parisien Pablo occupe le poste de PDG pour le studio multidisciplinaire fondé dans les années 60 par son père, l’architecte Ricardo Bofill Levi, et qui demeure aujourd’hui un des grands noms de l’aménagement urbain d’innovation à grande échelle dans le monde. La Fàbrica n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ressuscitée et repensée après une série de démolitions, reconversions et agencements d’étonnants jardins et rooftops, La Fàbrica est un mix détonnant et surréaliste de beauté industrielle à l’état brut.

L’exécution épique du projet est caractéristique de l’approche conceptuelle stricte, mais fondamentale de Bofill, également illustrée par les logements sociaux Walden 7 — surnommés Ville dans l’Espace par Bofill — et développée lors d’une expédition dans le désert algérien dans les années 70 avec une équipe de sociologues, mathématiciens et artistes, investis de la mission de réinventer la vie en communauté. Situé derrière La Fàbrica, Walden 7 demeure une icône de l’architecture espagnole, adulée des résidents depuis près d’un demi-siècle. Difficile de faire mieux en termes de lotissement… Exerçant depuis quasi 70 ans, Ricardo Bofill a eu une carrière impressionnante : né dans une famille d’ouvriers en 1939, il construit sa première maison à 17 ans, devient l’architecte principal d’El Taller à 23 et affiche aujourd’hui un palmarès de 1 000 projets répartis dans 50 pays, exécutés sous l’égide de son entreprise. Et l’ascension créative des Bofill ne semble pas sur le point de ralentir.

Parlez-nous de votre enfance.

Né à Paris, j’y ai grandi, élevé par un père architecte et une mère artiste. La créativité prenait une grande place dans mon éducation. Le futur, et non l’analyse détaillée du passé, était au cœur de toutes nos discussions.

Avez-vous toujours voulu être architecte ?

Je ne suis pas architecte. Mon éducation architecturale et artistique ainsi que mes études commerciales et cinématographiques m’ont poussé à rejoindre El Taller comme producteur à l’âge de 30 ans. Mon travail est de composer les équipes, d’organiser leurs tâches sur chaque projet et de guider le rythme de production.

Quels sont les principaux enseignements que vous avez reçus de votre père ?

Il m’a appris que la créativité n’est pas innée, mais le fruit de persévérance, rigueur, curiosité et contemplation.

Sur quel projet avez-vous préféré travailler et pourquoi ?

L’Université Mohammed VI à Benguerir m’a particulièrement marqué. Nous avons dû concevoir un projet en fonction des compétences locales. Nous voulions élaborer les différents espaces de l’université en respectant les traditions et l’architecture marocaines.

De nombreux habitants de la région sont des mineurs ou des fermiers. Les techniques de construction modernes y sont à peine développées et il y a peu d’ouvriers. Nous devions prendre tout cela en compte : le challenge était donc de parvenir à mettre notre projet sur pied avec ces contraintes techniques en termes de design et de construction.

D’un autre côté, la signification symbolique de l’université a immédiatement suscité de l’enthousiasme. Cet endroit est destiné à devenir un centre d’éducation majeur pour le Maroc, mais aussi tout le continent africain. Il promeut un accès à l’enseignement supérieur auprès de populations qui doivent trop souvent abandonner l’idée, pour des raisons de coûts.

Comment rester à la pointe de l’innovation et leader de l’industrie pendant plus de 50 ans ?

Tout d’abord, nous ne cessons de renouveler notre terminologie de production architecturale en faisant l’autocritique de nos projets, une fois finis. Ces diagnostics réguliers nous ont permis de nous projeter dans le futur, en nous basant sur un vocabulaire aux identités multiples. Ces cinquante dernières années, l’équipe d’architectes d’El Taller a évolué, en restant suffisamment restreinte pour s’accorder, mais suffisamment nombreuse pour travailler à l’international. La diversité des projets d’El Taller sur cette longue période émane sans aucun doute de ces différentes personnalités qui s’expriment ensemble

Pouvez-vous nous parler de La Fàbrica et de sa culture d’entreprise ?

La Fàbrica est un lieu propice à la création, qui rassemble les individus et les idées. Animé par diverses cultures, il aide à nourrir un sentiment d’appartenance à un groupe de collaborateurs unis autour de projets de typologies différentes. En installant El Taller au sein de La Fàbrica, nous renforçons vraiment l’équipe et enrichissons ses missions. Cette autonomie, fruit de notre expérience, nous a permis de développer notre propre dynamique design.

Quel a été le rôle de RBTA dans l’évolution urbaine de Barcelone ?

La ville de Barcelone symbolise chaque étape du cheminement architectural d’El Taller. Elle s’est transformée ces 50 dernières années. Plusieurs événements remarquables ont contribué à son ascension et El Taller a participé à son évolution à chacun de ces moments précis : de la première construction de maisons de briques à celle de l’aéroport. Pendant longtemps, Barcelone a semblé enclavée entre les montagnes au nord et à l’ouest. L’important projet d’urbanisme de ces 30 dernières années s’est appliqué à réorienter la cité vers la mer. El Taller s’est également distingué dans le réaménagement de sites industriels, une particularité du patrimoine barcelonais, en espaces habitables raccordés au tissu urbain.

Quels sont selon vous les principaux défis qui attendent le monde et la vie en ville, et quelles solutions envisagez-vous ?

Encore aujourd’hui, le plus grand défi auquel doivent faire face les municipalités et les urbanistes est de loger décemment ses habitants, en les replaçant au cœur de la ville, lieu supposé de sociabilité. De nos jours, en architecture, il faut prendre en compte des éléments comme l’innovation technologique pour produire le plus librement possible ou l’adaptation au cadre de vie.

Si vous pouviez innover dans un domaine architectural de Barcelone, lequel choisiriez-vous ?

Barcelone a depuis longtemps délaissé sa production artisanale, au profit d’une construction plus standardisée. L’enjeu aujourd’hui est de collaborer avec toutes les professions afin d’élaborer une approche architecturale plus innovante, tout en conservant son identité locale. Poble Nou est peut-être le quartier le plus intéressant en termes de mutation de nos jours. Sa transformation urbaine et l’évolution de son tissu industriel vont présenter des défis passionnants dans les prochaines années.

Comment l’espace urbain doit-il se renouveler ?

Une ville doit se développer tout en donnant aux individus le sentiment de pouvoir choisir leur lieu de résidence en toute liberté. Elle doit encourager les migrations et offrir à ses habitants la chance de nouer des liens sociaux et de se cultiver.

Pourquoi aimez-vous l’architecture et l’urbanisme ?

L’architecture est une discipline intimement liée aux sciences sociales. Elle implique clairement la connaissance des habitudes et cultures sociales des lieux où nous construisons. Partir de l’individualité pour finalement proposer des espaces qui dépassent l’échelle humaine est une constante et un point de départ fascinant. Je suis également sensible au fait que l’architecture des villes offre un cadre essentiel à la compréhension et la reconstitution de leur histoire.

Où vivez-vous à Barcelone ?

À Eixample, un quartier créé au 19ème siècle, à l’époque du plan d’extension de la ville de Cerdà. Central, c’est un bon compromis entre les différents villages de Barcelone.

Pourquoi aimez-vous tant Barcelone ?

Les pouvoirs publics et les grandes entreprises y sont peu présents. Cela permet de se développer plus librement et spontanément, de tracer son propre parcours créatif sans se sentir trop exposé.

En quoi l’héritage design et architectural de la ville vous inspire-t-il ?

Toutes les maisons sont différentes ! Les rues se répètent selon le plan de Cerdà, mais les édifices se succèdent sans se ressembler. Comme une œuvre de Gaudí, où chaque porte, chaque poignée, chaque détail est unique.

Comment découvrir les spécificités architecturales de la ville ?

Promenez-vous, suivez votre instinct et, surtout, n’hésitez pas à vous perdre !