LISBONNECinéma Odéon : un véritable coup de foudre

Redonner vie à une ville tout entière avec une approche immobilière durable.

LISBONNE

Cinéma Odéon : un véritable coup de foudre

Redonner vie à une ville tout entière avec une approche immobilière durable.

Pénétrer dans les vestiges Belle Époque du Cinéma Odeon, dans une perpendiculaire de la très chic avenue Liberdade de Lisbonne, est un véritable voyage dans le temps. Des rayons de lumière traversent le toit en verre voûté comme la coque d’un bateau, créant un jeu d’ombres sur la pile de gravats au centre. Mais en regardant bien, vous verrez que l’architecture originale, avec ses balcons carmin et ses balustrades en fer forgé, est demeurée intacte. Dehors, sous le soleil, la façade chargée Art Déco est recouverte de bâches pour préserver un des piliers du patrimoine culturel de la ville. Construit en 1923, ce magnifique cinéma muet était autrefois le rendez-vous mondain de Lisbonne. Puis, face à la concurrence des grands groupes et au déclin suivant l’âge d’or du cinéma des 40’s au 60’s, il tomba progressivement en désuétude et finit par fermer ses portes au milieu des années 90, après une ultime tentative de sauvetage avec une décennie de séances pornographiques matinales. Pour Arthur Martins, confident et ange gardien de l’Odeon de longue date, cette période reste la plus sombre de l’histoire de l’emblématique salle. Intimement lié à ce lieu, Martins travaille pour le cinéma dès l’âge de 12 ans, après la mort de son père, puis gravit les échelons pour devenir le projectionniste du cinéma. C’est d’ailleurs lors d’une projection qu’il pose les yeux pour la première fois sur sa future femme, une actrice de La Novia, un film qu’il a visionné des centaines de fois. Leurs chemins finissent par se croiser et, 56 ans après, ils coulent toujours des jours heureux. Le destin de l’Odeon est malheureusement plus tumultueux…

Son architecture évocatrice, son âme légère et son air de fête inspirent la passion. Quand Julien Dufour, promoteur et photographe paysager français, tombe sur l’édifice : « ce fut le coup de foudre. » Mais le sort de l’Odeon avait déjà été scellé… Promis à un autre acheteur, la vente était prévue et, dévastés, Julien et son partenaire portugais, le promoteur Jorge Capelo, choisissent de nommer l’entreprise qu’ils venaient de fonder Odeon Properties, en hommage à l’iconique splendeur de la Belle Époque. « Dans l’antiquité gréco-romaine, l’Odeon était le théâtre des activités culturelles et artistiques, une définition qui correspondait parfaitement à notre approche immobilière et au courant créatif de la ville », nous confie Julien. Près d’un an plus tard, Julien, poussé par une intuition, appelle les propriétaires pour prendre des nouvelles de son cinéma chéri. Coup de pouce du destin ? La vente venait de capoter ! Les deux associés remuent alors ciel et terre pour s’approprier l’Odeon.

« Le précédent acheteur projetait de démolir l’intérieur du théâtre et de le convertir en appartements. Toute l’histoire du lieu aurait disparu et l’Odeon ne serait plus ce qu’il était. Pour Jorge et moi, ce n’était même pas envisageable. Le lieu devait conserver son âme, son ADN. Nous ne pouvions sacrifier les particularités de cet endroit exceptionnel. Il fait partie du patrimoine de la ville donc nous préférions construire moins mais valoriser son histoire. » En collaboration avec l’architecte de renom Samuel Torres, les deux associés optent de garder tout l’intérieur du bâtiment et de ne construire que 10 appartements, ouvrant l’espace au public avec « un fantastique restaurant ! ».

Chacun des spacieux 2 à 4 pièces a été pensé comme un atelier théâtral, évocateur. Avec des surfaces de 100 à 230 mètres carrés, ils donnent la priorité aux caractéristiques d’origine, comme les hauteurs sous plafond de 5 mètres, les combinant à une structure en acier inspirée du style Eiffel de la Belle Époque. « Vous aurez vraiment l’impression de vivre dans un endroit unique au monde », ajoute Julien. Tout en préservant l’héritage culturel, ces appartements bénéficieront de services haut de gamme comme un parking robotisé extérieur qui permettra aux propriétaires d’appeler leur voiture avec une clé magnétique ou via une appli pour qu’elle les attende devant chez eux. « Nous ne pouvions pas creuser un garage sous le bâtiment sans mettre en danger les fondations. La solution trouvée offre finalement un service de plus grande qualité aux résidents. »

Alors que les appartements seront ultra luxueux, le restaurant restera abordable afin d’attirer le plus grand nombre. Jorge et Julien sont catégoriques sur ce point ! « Nous sommes en pourparlers avec plusieurs chefs portugais pour une éventuelle collaboration. Nous avons été approchés par de grandes chaînes internationales et des particuliers mais cela aurait dénaturé l’âme du lieu. Nous voulons proposer une expérience cohérente avec l’Odéon : des menus à 10€ au déjeuner puis quelque chose de plus élaboré pour le dîner. L’Odeon n’a jamais été un lieu sélect : il était cher au public et cela ne doit pas changer. »

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Afin de redonner vie à la grande dame du cinéma, Odeon Properties s’est récemment associé à Silver Spoon, une entreprise événementielle, pour célébrer le monument et sa transformation. « Les propriétaires ont quasiment pleuré en le voyant. Pour nous, c’est bien plus qu’un projet immobilier : il s’agit de célébrer et de rendre hommage à un fragment d’histoire. » Leur agence boutique applique cette approche à tous leurs complexes résidentiels : travailler sur un seul projet à la fois et en faire quelque chose d’unique. São Bento, Flores 45 et Ferragial 29 comptent parmi leurs précédentes réalisations.

« Lisbonne vit une époque passionnante ; c’est fabuleux d’assister à sa renaissance et de voir de nombreux immeubles reprendre vie. Notre travail est de créer l’exceptionnel et de capturer l’âme du lieu plutôt que de cocher des cases et d’aller le plus vite possible. Ailleurs, cette approche de rénovation s’est faite à un certain coût, dénaturant totalement l’essence de la ville. C’est bien la dernière chose que nous souhaitons pour Lisbonne ! Le développement immobilier doit se faire de manière durable, afin de mettre la ville en valeur sans la transformer complètement en une génération. »