LISBONNELa ville chantante : l’effervescence artistique de Lisbonne

Quel est le secret de Lisbonne ? Sa scène créative, attirant des artistes du monde entier.

LISBONNE

La ville chantante : l’effervescence artistique de Lisbonne

Quel est le secret de Lisbonne ? Sa scène créative, attirant des artistes du monde entier.

La réputation de Lisbonne n’est plus à faire : Conde Nast Traveller l’a nommée « destination de l’année » en 2016, Monocle l’acclame comme la nouvelle ville design à suivre et le nombre de touristes a explosé ces six dernières années pour atteindre 10 millions en 2016, stimulant la demande pour les locations de courte durée dans un marché immobilier déjà florissant. En outre, la capitale portugaise se transforme en hub entrepreneurial attirant des freelancers et start-ups du monde entier, notamment séduits par des avantages fiscaux comme le NHR. C’est comme si tout le monde voulait sa part du gâteau : les rues pavées et ensoleillées, et la douceur de vivre de Lisbonne conquièrent tous ceux qui la côtoient. Après plusieurs jours à arpenter ses ruelles, vous commencerez à saisir ce qui fait tout son charme : sa scène culturelle et artistique. Ville de lumière, Lisbonne est aussi ville chantante. Tous les jours de la semaine sont de véritables jam sessions ! L’été, alternez entre concerts de jazz en plein air sur les places, groupes de forró live dans des résidences d’artistes et festivals comme Out Jazz, Brunch Electronik, Super Bock Super Rock et BPM animés par des djs et groupes célèbres qui viennent du monde entier jouer dans un cadre idyllique.

« Lisbonne a toujours été une ville riche sur le plan artistique », explique Ricardo Jose Lopes, entrepreneur, qui organise des événements musicaux dans la capitale depuis 1999. Issu du collectif drum and bass Cool Train Crew propulsant de jeunes talents comme Buraka Som Sistema sur la scène internationale, Ricardo a ensuite organisé des événements jazz comme ses concerts et soirées dansantes réunissant 900 personnes toutes les semaines au club Lux, régulièrement cité comme une des 10 meilleures discothèques au monde.« L’emplacement stratégique de Lisbonne, port et point de jonction entre le Portugal et ses anciennes colonies en Afrique et Amérique du Sud, en a toujours fait un lieu à part. C’est aujourd’hui un fabuleux melting pot d’influences musicales, culturelles et stylistiques. Nous n’étions pas aussi visibles à l’international auparavant car nous n’avions simplement pas réalisé tout le potentiel de notre pays. L’essor du tourisme a tout changé : nous mettons plus que jamais notre patrimoine en valeur. Il est en fait essentiel pour notre avenir de le préserver. Nous devons ainsi continuer à faire l’article de notre si belle ville ! ».

Pour Ricardo, la crise de 2008 a eu un impact significatif sur l’évolution de la scène musicale lisboète. « À cause de la crise, les musiciens qui ne jouaient que du jazz ou du fado ont dû apprendre de nouveaux styles et jouer avec d’autres artistes, ce qui a créé des mix de fado et de jazz par exemple. La crise a rapproché les musiciens et les a poussés à innover, et nous en récoltons aujourd’hui les fruits ! Berlin ou Londres jouissent également d’une solide culture musicale, mais pas aussi diversifiée qu’ici. Je dirais même que Lisbonne est LA capitale musicale européenne par excellence ! ».

Fado & the City, le dernier projet en date de Ricardo, rassemble les plus grands artistes portugais du fado dans des emplacements spectaculaires à travers la ville, que les touristes n’auraient jamais eu l’occasion de découvrir. « L’évolution de la capitale crée de nouvelles opportunités. Je ne fais pas tout ça pour l’argent, ma passion va bien au-delà. J’aime créer, faire avancer les choses et rassembler. Fado & the City résulte de cette envie de proposer de la musique de haute qualité à un public non initié. L’idée est généralement de dîner tout en se régalant les oreilles, ce qui revient à 75 € la soirée. J’ai saisi le créneau : pourquoi ne pas faire découvrir des lieux nouveaux et magnifiques grâce aux meilleurs musiciens de la ville ? ». Ricardo organise également chez lui des jam sessions plus intimistes pour permettre à de petits groupes de personnes de créer un lien avec les musiciens. Les styles sont variés : opéra, jazz, flamenco, fado… Actuellement les Lisbon Living Room Sessions affichent complet en quelques heures. « Je n’aime pas trop le principe de liste d’attente », s’amuse Ricardo. « Je donne la priorité aux nouveaux donc si vous nous envoyez un email en avance, on essaiera de vous garder une place. »

Pour lui, la scène musicale a ouvert la voie aux arts visuels, qui ont aussi pris leur envol ces dernières années. Toute la ville se pare de peintures murales et de mosaïques, sur les murs des immeubles ou dans les passages souterrains. L’émulation artistique est à son comble. Fer de lance de ce mouvement, l’artiste de rue et tagueur portugais Vhils est également à l’origine du Festival Iminente. Ce rassemblement de 2 jours à Londres fin juillet 2017 a pour vocation de présenter l’âme artistique de Lisbonne à la capitale britannique tout en faisant un pied de nez au vote du Brexit de 2016, consolant les europhiles avec la quintessence de la créativité européenne. La preuve vivante de l’essor de l’influence portugaise au niveau mondial ! Selon l’artiste portugaise Carolina Pimenta, la scène artistique de Lisbonne a considérablement évolué ces dernières années. « De nouvelles galeries ouvrent toutes les semaines, comme Hawaii, Francisco Fino et Galeria Madragoa, ainsi que des centres artistiques comme Syntax et Hangar qui proposent des résidences et des programmes audacieux. Les artistes internationaux affluent en masse et viennent vivre à Lisbonne, comme Juan Araujo, ce qui éveille la curiosité des galeries étrangères. »

Outre l’ouverture du musée d’art contemporain MAAT sur les rives du Tage, deux quartiers montants, Xabregas et Alvalade, séduisent de nouvelles galeries comme Vera Cutiz et Appleton Square. Sans entrer en concurrence, elles ont décidé de travailler main dans la main, organisant des vernissages mensuels afin d’attirer le plus grand nombre et de les pousser à s’aventurer hors du centre-ville.  « Je ne suis pas galeriste mais j’ai l’impression que l’envolée du marché immobilier n’influence pas encore le milieu artistique. » explique Caroline. « Les prix immobiliers sont plutôt impactés par l’arrivée en masse d’innovateurs et la nouvelle dynamique qu’ils créent. Arco Art Fair, qui a eu lieu pour la seconde fois cette année, a aussi contribué à faire connaître la ville. C’est une exposition modeste mais qui a beaucoup de succès : comme si tout le monde cherchait une excuse pour venir à Lisbonne ! »