PARISDo artists still live in Paris? Property and Art in Paris

Athier Mousawi, artiste anglo-irakien résidant à Paris, nous livre ses impressions personnelles sur la vie d'un artiste contemporain dans la capitale et comment cela impacte le marché immobilier.

PARIS

Do artists still live in Paris? Property and Art in Paris

Athier Mousawi, artiste anglo-irakien résidant à Paris, nous livre ses impressions personnelles sur la vie d'un artiste contemporain dans la capitale et comment cela impacte le marché immobilier.

Coolest artists spots in Paris

Paris est connue pour être un des plus grands berceaux de la création artistique au monde. À travers les siècles, ses jardins sophistiqués et élégantes impasses ont inspiré certains des plus influents artistes, écrivains et intellectuels de notre histoire. De Montmartre à sa myriade de musées, Paris est synonyme de grandeur depuis des siècles. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Berlin, New York, Londres ou Istanbul lui font-elles de l’ombre ? Et où bat le cœur artistique de la capitale française ? Les tendances immobilières mondiales suivent de plus en plus les nouveaux quartiers investis par les artistes, qui deviennent rapidement « the new place to be ».

Athier Mousawi, artiste anglo-irakien résidant à Paris, nous livre ses impressions personnelles sur la vie d’un artiste contemporain dans la capitale et comment cela impacte le marché immobilier.

 

Pourquoi avez-vous emménagé à Paris ?

« Je suis venu à l’origine pour la Cité des Arts… un endroit passionnant, unique au monde ! Immense immeuble de 420 studios sur les rives de la Scène, elle accueille des artistes du monde entier. Des instituts d’Allemagne, du Mexique, de Grèce, d’Israël ou encore du Guatemala, envoient leurs artistes y passer un semestre ou une année. Nous trouvons alors un véritable mix de musiciens, d’écrivains, de photographes et de peintres… créant un cocktail culturel explosif ! »

« C’était en 2010 et, depuis, j’ai essayé de vivre dans d’autres villes comme Londres ou Istanbul, mais l’appel de Paris était toujours plus fort. À l’époque, j’emmenais ma copine, qui est aujourd’hui ma femme et une artiste comme moi, passer des week-ends ici. On sautait sur une Vespa en sortant du train et on explorait la ville. Petit à petit, elle a commencé à tomber amoureuse du mode de vie parisien… nous avons donc de nouveau posé nos valises ici il y a deux ans et demi. » 

 

Quel quartier dans Paris avez-vous choisi d’habiter, en tant qu’artiste ?

 

« Nous vivons dans le Marais, un lieu à la fois ravissant et hétéroclite. Historiquement, c’est le quartier juif et gay, qui accueille aujourd’hui tout un tas de gens palpitants, dans une ambiance effervescente. Les locations sont beaucoup moins chères qu’à Londres par exemple et ne dépendent pas toujours de la zone… il faut surtout être chanceux ! Nous vivons dans un magnifique appartement avec une belle hauteur sous plafond, près de la Place des Vosges, que nous payons bien en dessous du marché. Paris regorge de bons plans ! Le marché n’est pas tellement régi par les agents immobiliers. Nous habitons au tout début du Marais, près de la Seine, et mon studio est à Ivry, une commune au Sud-Est de Paris accueillant de plus en plus d’artistes. » 

Est-ce le nouveau repère des artistes ?

 

« Pas encore ! La ville a encore un côté un peu gangster, et n’offre pas beaucoup de divertissements. Mes voisins sont des imprimeurs, des menuisiers et des métallurgistes, mais j’avoue que ça me plaît beaucoup !

Paris est différent de Londres, où les artistes ne cessent de pousser les frontières de la ville pour trouver des endroits moins chers, qui deviennent ensuite plus branchés et s’embourgeoisent. Contrairement à Paris qui, à l’image de New York, gravite autour du centre-ville. À Manhattan, le pont et le fleuve font office de barrière naturelle… à Paris, c’est le périphérique qui délimite la ville. Alors que je ne mets que 15 minutes en vélo pour aller travailler, beaucoup de Parisiens sont mentalement bloqués dès qu’il s’agit de traverser le périphérique. Les loyers et les studios restent donc très abordables. Les banlieues artistiques montantes sont Montreuil, Aubervilliers, Pantin et Ivry. Je paie 200 € par mois pour mon studio, soit un prix dérisoire pour une capitale européenne ! Beaucoup d’artistes ont ainsi opté comme moi pour cette solution en sortant de Paris intra-muros et je suis persuadé que l’ambiance suivra. »

Est-ce aussi génial qu’on le dit d’être un artiste à Paris ? 

 

« Cela va même au-delà du stéréotype ! Vous rencontrez des gens palpitants en permanence, comme par exemple des Américains qui viennent écrire à Paris, à la Hemingway. Tout le monde a une bonne raison de vivre à Paris, ce qui amène toujours des conversations passionnantes. Je ne prévois jamais rien, sors de chez moi pour me promener et tombe sur des amis… on sort boire un verre, dîner et tout s’enchaîne naturellement. C’est ça, la vie à Paris ! Les artistes se fondent aussi totalement dans le paysage. L’art est ancré dans le mode de vie parisien, ce n’est pas considéré comme un métier de galère. Et contrairement à Londres, nous ne sommes pas confinés dans un quartier… la ville nous appartient ! »

 

Qu’aimez-vous particulièrement dans la vie à Paris ?

 

« La vie y est tellement agréable et facile. Paris ne fait pas les choses à moitié. La ville est finalement assez petite donc semble à portée de main et toutes les propositions de sortie sont envisageables. Je passe d’un café à la Tour Eiffel à un verre à Pigalle en vélo vraiment facilement. Imaginez le centre de Londres, disons la zone de Notting Hill à Westminster : c’est à peu près la superficie totale de Paris. »

Les tendances immobilières talonnent souvent les artistes et les hipsters. Ivry va-t-elle devenir un nouveau coin hype, selon vous ? 

« Les artistes sont toujours les premiers à partir, mais les barrières psychologiques sont bien plus fortes à Paris qu’à Londres… il va falloir être patients. Ivry est derrière Montreuil, où des studios et entrepôts commencent à être convertis en espaces artistiques, mais où les prix n’augmentent pas encore pour autant. Les arrondissements parisiens restent ultra prisés ! Beaucoup ne réalisent pas les économies énormes qu’ils pourraient faire en traversant le périphérique. L’intégration sociale des différents groupes ethniques reste à faire… la plupart restent en effet cantonnés à l’extérieur de la ville. Ça fait un peu « Fermons les yeux, la barbarie est à nos portes ! ». C’est pourquoi les différents logements sociaux qui apparaissent un peu partout ne sont pas forcément bien accueillis. »

« Mon cas est particulier. Je suis un grand monsieur qui parle arabe et, avec mon bleu de travail, je peux me fondre sans problème dans les quartiers les plus « craignos » de la ville. Je me sens particulièrement en phase avec les différentes strates de la société, ce qui est assez exceptionnel à Paris. »