LISBONNEAhead of the curve: What's next for Lisbon?

Quel avenir se dessine pour Lisbonne, dont les marchés économiques et immobiliers arrivent à maturité ? Nous avons rencontré Duarte D’Eça Leal, un des entrepreneurs dans l'hôtellerie les plus innovants de la capitale portugaise.

LISBONNE

Ahead of the curve: What's next for Lisbon?

Quel avenir se dessine pour Lisbonne, dont les marchés économiques et immobiliers arrivent à maturité ? Nous avons rencontré Duarte D’Eça Leal, un des entrepreneurs dans l'hôtellerie les plus innovants de la capitale portugaise.

Lisbon's business perspective and entrepreneurial scene Photo Credit: Independente Collective

Le tourisme, l’investissement étranger et la culture start-up sont en plein essor à Lisbonne, « the place to be » selon la presse internationale. Son expansion fulgurante est notamment due à l’esprit entrepreneurial de ses résidents, qui se sont empressés de saisir les nombreuses opportunités qu’offre désormais leur ville. Mais quel avenir se dessine alors que les marchés économiques et immobiliers arrivent à maturité? Nous avons consulté un des entrepreneurs du milieu hôtelier les plus innovants de la capitale portugaise, Duarte D’Eça Leal.

L’histoire de Duarte est représentative de celle des nombreux entrepreneurs ayant conduit l’évolution du pays. Après avoir étudié au Royaume-Uni et travaillé dans la finance, il retourne dans son Portugal natal quand la crise frappe l’Europe. Face au bouleversement économique, il choisit de s’associer avec son frère et des amis pour ouvrir une des premières adresses hype de la capitale, The Decadente. Huit ans après, The Independente Collective, son groupe hôtelier, s’est développé presque plus vite que Lisbonne, avec aujourd’hui dans son portefeuille six des bars à cocktail, restaurants roof-top, hôtels et auberges de jeunesse les plus branchés de la ville, tous situés dans des emplacements immobiliers montants et de premier choix. Aussi populaires auprès des locaux que des touristes, les projets d’Independente Collective partagent un esprit communautaire, une âme artistique et une forte volonté de rester fidèle à l’ambiance décontractée qui fait tout le charme de la capitale.

Comment, en tant que résident, avez-vous vu Lisbonne évoluer ces dernières années ? 

Lisbonne se transforme à une vitesse vertigineuse. Depuis Sao Pedro, on peut distinguer la multitude de grues qui parsèment la ville et voir où les gens investissent. Nous vivons une révolution start-up sans précédent : tout le monde, de TechCrunch, à Bloomberg en passant par Forbes, vante les mérites des conditions entrepreneuriales à Lisbonne. Avant les années 2000, le succès financier passait avant la culture et une grande partie de notre génération (des Millenials à plus âgés), se contentait de gagner de l’argent, mais beaucoup de choses ont changé depuis. Les gens ont aujourd’hui compris que la vie était faite d’autres choses : la sécurité, la qualité de vie, le contexte immobilier et l’accessibilité. Tous ces critères doivent être évalués et, de ce point de vue, Lisbonne coche toutes les cases et caracole actuellement en tête du classement mondial. Auparavant, la ville étant principalement une destination pour les touristes ou les retraités, elle n’offrait pas de grandes opportunités de carrière, mais l’avènement de la révolution numérique a tout changé. De plus en plus de personnes peuvent travailler n’importe où dans le monde et Lisbonne a l’avantage de jouir d’un emplacement central. L’écosystème se développe tellement vite sur les plans culturel et économique et vers l’international que les entreprises locales commencent à embaucher des employés anglophones. Le nombre d’expats ne cesse d’augmenter, surtout des jeunes de 25 ans et plus, grâce à des start-up comme Uni Places. Les gens choisissent Lisbonne comme tremplin de carrière, ce qui est totalement inédit ! Ils emménagent ici car la ville coche toutes les cases, pas uniquement pour le soleil et la qualité de vie. 

The Collective s’est implantée, avec une longueur d’avance, dans les coins les plus cool de la capitale. Où se cachent les nouvelles opportunités pour le groupe ?

Mon frère Bernardo et moi avons commencé à investir dans des résidences étudiantes, partie de notre activité que nous avons appelée Rebel. Nous avons actuellement une résidence étudiante avec 40 chambres et, comme le succès est au rendez-vous, nous compterons 350 chambres à Lisbonne et 1 000 dans tout le Portugal dans 18 mois. Nous investissions déjà dans l’accueil d’étrangers mais voulons ainsi également offrir nos services aux locaux. 

Pourquoi vous éloignez-vous de l’hôtellerie traditionnelle ? 

Quand j’étudiais à Londres, les foyers coûtaient 135 £ par semaine, avec seulement un repas par jour. 15 ans plus tard, impossible de trouver à moins de 300 £ la semaine. À Lisbonne, la valeur immobilière et les loyers augmentent donc il me semble intéressant d’investir dans des projets aux moindres coûts d’exploitation, où les rendements sont plus faibles mais les investissements plus importants et les coûts de structure plus gérables. Il était temps de se diversifier. 

Pensez-vous que le marché de l’hôtellerie soit aujourd’hui saturé ?

Certainement pas, contrairement à la croyance populaire. Sur beaucoup d’aspects, il est en pleine évolution et je pense que Lisbonne commence seulement à se faire un nom sur la scène touristique internationale. Il faut surveiller certains signaux d’alarme afin de ne pas réitérer le scénario de Venise et laisser le centre historique se faire dépasser par le tourisme. N’oubliez pas que Barcelone accueille 38 millions de visiteurs par an contre seulement 5 millions à Lisbonne… la marge de progression est considérable. Large de 15 km, le centre historique est l’un des plus grands au monde. De larges parties de la ville étaient à l’abandon pendant des années… cette nouvelle dynamique permet de mettre en valeur tous ses atouts. 

C’est fabuleux de voir le rôle moteur des Lisboètes dans la transformation de leur ville. D’où tiennent-ils cet esprit d’initiative, selon vous ? 

C’est ancré dans nos gènes : nous sommes nés pour prendre des risques. Nous ressemblons aux Brésiliens pour ça (sans généraliser pour autant) : nous testons généralement de nouvelles choses avec enthousiasme, motivés non pas par les risques mais par les opportunités. Beaucoup de jeunes entrepreneurs venaient d’un environnement où le chômage tournait autour de 20 %. Ils ont donc dû choisir entre rester sans emploi ou lancer leur entreprise. Le gouvernement les a aidés en simplifiant le processus : on peut lancer une entreprise en une heure avec 1 euro… les gens ont alors saisi que prendre des risques pouvait payer ! Ils se sont alors jetés tête baissée sur le marché avec les idées les plus simples mais aussi les plus brillantes.

Quel est le consensus général sur l’afflux d’investisseurs et d’entrepreneurs étrangers ?

Les nouveaux venus étrangers apportent leur expérience et leur professionnalisme. Les Portugais n’ont pas été concurrentiels au niveau international depuis des siècles, c’est donc aujourd’hui une nouvelle ère de progrès qui s’ouvre aux jeunes professionnels. Les entrepreneurs internationaux ne sont pas si nombreux que ça mais ils ont, en moyenne, très bien réussi et ont donc très bonne presse. D’un point de vue économique, les synergies potentielles entre les différentes cultures sont énormes. 

Où avez-vous trouvé l’inspiration pour lancer vos premiers projets ? Vous qualifieriez-vous de pionnier de l’hôtellerie ? 

Je suis revenu vivre à Lisbonne en 2009 et nous avons lancé nos premiers projets en 2010, alors que le marché était tout sauf prometteur. J’ai rejeté il y a longtemps l’étiquette de pionnier mais finalement elle pourrait peut-être coller. Nous étions baroudeurs, voyageurs, cuisiniers amateurs et hospitaliers. Sur les routes depuis des années, nous repoussions l’idée de nous poser. Avec The Collective, nous voulions réinterpréter ce qui était, selon nous, le plus important en hôtellerie. Nous avions le sentiment que les gens voulaient autre chose. Durabilité, authenticité du produit, concept, expertise locale… certes, mais surtout : comment placer l’humain au cœur de l’entreprise et se sentir proche de ses employés ? Cette approche a été un levier clé pour nous dès le départ : nous étions fermement convaincus de nos idées et du rôle que nous pouvions jouer dans la révolution culturelle. Et le temps nous a heureusement donné raison ! Notre argument clé de vente était unique sur le marché.

En tant que quasi pionnier alors, où pensez-vous que se cachent les prochaines opportunités immobilières ?

C’est un peu paradoxal : d’une certaine manière, les zones où nous avons lancé nos premiers projets n’en sont qu’à leurs débuts. Pourtant, il est difficile d’investir à Principe Real ou au Chiado pour les nouveaux arrivants sur le marché car les prix ont explosé, même si la demande va sans aucun doute continuer de croître. Sinon, je regarderais dans des quartiers comme Intendente, Martim Muniz (Mouraria) et Almirante Raiz (mon prochain investissement). 

Où habitez-vous ? 

J’habite à Campos do Ourique, où je n’aurais jamais imaginé vivre un jour mais, grâce à la qualité de ses services, c’est un des trois quartiers les plus « londoniens ». La culture de quartier est très forte à Lisbonne mais les infrastructures de services manquent c’est pourquoi les districts sont aussi dépendants les uns des autres et que les centres commerciaux ont autant de succès depuis 20 ans ! À Campos do Ourique, quartier vieillissant, le marché immobilier stagnait depuis de nombreuses années. Depuis que les galeries d’art indépendantes, les restaurants et les magasins s’y sont installés, les jeunes affluent. L’architecture des immeubles est aussi d’excellente qualité. J’ai habité de nombreuses années au cœur de Principe Real et n’aurais jamais pensé acheter à Campos do Ourique, mais finalement j’en suis arrivé à chercher quelque chose de plus résidentiel.

Quel futur envisagez-vous pour Lisbonne ?

J’aimerais que le fleuve soit plus impliqué d’un point de vue socioculturel. C’est la ressource la moins exploitée : avec ses 18 km de rives, l’estuaire du Tage longe la ville sur 5 km. Lisbonne est une des plus grandes métropoles tournées vers un fleuve d’Europe. Le potentiel de liaisons entre la capitale et les communes de la baie reste peu exploré à ce jour. Imaginez si un port de plaisance remplaçait les conteneurs, les quais et les marinas ! Comme beaucoup de capitales, Londres notamment, nous avons délaissé notre fleuve et, personnellement, j’adorerais que Lisbonne en exploite enfin toutes les possibilités.

The Independente Collective Lisbon hospitality where to stay